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Qu'est-ce que la fraude à la propriété foncière ? Explications des techniques d'escroquerie et 5 stratégies de défense

Les escrocs fonciers (地面師) sont des groupes criminels qui usurpent l'identité des propriétaires pour s'emparer du prix de vente. Exemples réels impliquant de grandes entreprises, explication des techniques sophistiquées et 5 mesures de protection concrètes.

Dernière mise à jour: Lecture d'environ 4 min

Même de grands groupes immobiliers se sont fait dérober plusieurs milliards de yens : la fraude du « jimeshi » compte parmi les risques les plus lourds d'une transaction immobilière au Japon. Le terme « jimeshi » (地面師, littéralement « maître de la terre ») désigne un réseau organisé de faussaires qui usurpe l'identité du véritable propriétaire d'un bien pour en encaisser frauduleusement le prix de vente. Il n'existe pas d'équivalent direct de ce mot dans les langues occidentales : on peut le décrire comme une fraude à l'usurpation de propriété foncière, orchestrée en bande organisée, qui exploite une faille bien précise du système japonais d'enregistrement des droits immobiliers.

Cet article expose les méthodes redoutablement efficaces des jimeshi à travers des affaires réelles, puis présente des mesures concrètes de protection. Nous espérons qu'il contribuera à sécuriser vos transactions immobilières.

Qu'est-ce qu'un jimeshi ? Le mécanisme de cette fraude immobilière

Un jimeshi est un escroc qui se fait passer pour le propriétaire d'un bien immobilier afin de le vendre à un acquéreur de bonne foi et d'en détourner le prix. La caractéristique de cette fraude est son organisation en bande, avec une répartition précise des rôles.

La méthode de l'usurpation d'identité

Le réseau de jimeshi se compose de plusieurs complices se répartissant les rôles : celui qui joue le propriétaire, celui qui joue le mandataire, celui qui se fait passer pour le notaire ou l'officier chargé de l'enregistrement. Ils ciblent des immeubles, des parkings ou des terrains vagues dont le véritable propriétaire est absent des lieux, étudient les informations du registre foncier, puis falsifient les pièces d'identité nécessaires pour usurper son identité. En France, un tel scénario se heurterait à l'intervention obligatoire du notaire, officier public qui authentifie l'acte de vente et engage sa responsabilité personnelle et son assurance professionnelle ; au Japon, c'est un « shihō shoshi » (scrivener judiciaire), dont le rôle et la responsabilité sont plus limités, qui accompagne généralement le transfert de propriété.

Pourquoi la fraude réussit-elle si facilement dans l'immobilier ?

Deux failles structurelles favorisent la fraude dans les transactions immobilières.

  • La sophistication des techniques de falsification : les progrès de l'impression 3D permettent de falsifier avec une précision redoutable les permis de conduire, passeports et certificats de sceau, au point que même un professionnel du droit peine à détecter le faux
  • Le rapport de force favorable au vendeur : l'acheteur craint souvent de contrarier le vendeur, ce qui l'incite à négliger la vérification d'identité. Le jimeshi profite en outre du délai entre le virement du prix et l'achèvement effectif de l'enregistrement pour disparaître

Ce dernier point mérite d'être souligné pour un lecteur français : le registre foncier japonais, comme le système français de publicité foncière géré par les services de la publicité foncière, n'offre pas de « foi publique » garantissant que la personne inscrite est bien le véritable ayant droit. Seul le régime local du livre foncier d'Alsace-Moselle, hérité du droit allemand, attache à l'inscription une présomption de véracité opposable aux tiers. Partout ailleurs en France comme au Japon, le registre reflète une déclaration, pas une certitude.

L'argent dérobé a de fortes chances de ne jamais être récupéré

Même lorsque les auteurs sont arrêtés, la police ne dispose d'aucun pouvoir pour contraindre au remboursement. Il reste possible d'engager une action civile pour « répétition de l'indu », mais si les auteurs n'ont plus les moyens de rembourser, le recouvrement est quasiment impossible, exactement comme pour une victime française d'escroquerie qui obtient un jugement civil favorable sans jamais pouvoir l'exécuter faute d'actif saisissable chez le condamné.

Quelles affaires de fraude au jimeshi ont réellement eu lieu ?

Les préjudices causés par les jimeshi touchent aussi de grandes entreprises. Examinons quelques affaires emblématiques pour comprendre la réalité de leurs méthodes.

L'affaire à 6,3 milliards de yens visant un grand promoteur résidentiel

En 2017, lors d'une transaction portant sur un terrain d'environ 2 000 mètres carrés à Gotanda, à Tokyo, 6,3 milliards de yens versés en acompte ont été détournés. Des faux passeports et certificats de sceau ont été utilisés, sans qu'aucun des professionnels impliqués (agent immobilier, scrivener judiciaire, avocat) ne parvienne à déceler la supercherie.

L'affaire à 1,26 milliard de yens visant un grand exploitant hôtelier

Concernant un terrain de parking d'environ 400 mètres carrés à Akasaka, à Tokyo, près de 1,26 milliard de yens ont été perdus. Les auteurs ont été arrêtés, mais même après une victoire en justice civile, le recouvrement du préjudice n'a pas abouti.

L'affaire de l'usurpation d'un ressortissant taïwanais

Dans ce cas particulièrement habile, l'escroc s'est fait passer pour le mandataire du propriétaire et a mené les démarches dans un authentique cabinet d'avocats. Environ 650 millions de yens ont été perdus, l'affaire n'ayant été découverte que lorsque le bureau des affaires juridiques a signalé l'impossibilité d'enregistrer le transfert de propriété.

Les victimes des jimeshi ne se limitent pas aux grandes entreprises

La fraude au jimeshi peut également toucher n'importe quel particulier acquéreur. Lorsqu'elle se produit, les conséquences se propagent largement.

  • L'acheteur : perd la totalité des fonds destinés à l'achat du terrain, peut se retrouver incapable de rembourser son emprunt, allant parfois jusqu'à la faillite personnelle
  • Le scrivener judiciaire : ne peut mener à bien l'enregistrement demandé et s'expose à une action en responsabilité
  • Le véritable propriétaire : si le titre a été frauduleusement transféré à son insu, il doit fournir des efforts considérables pour le récupérer

Peut-on repérer un jimeshi ?

Il n'existe malheureusement aucune méthode infaillible garantissant une sécurité totale. Toutefois, rester vigilant et garder son sang-froid réduit considérablement le risque d'être victime.

Méfiez-vous d'un interlocuteur qui presse la transaction

Les jimeshi ont tendance à presser l'acheteur pour ne pas lui laisser le temps de réfléchir. Aussi séduisant que paraisse un bien, dès que quelque chose semble anormal, il faut savoir marquer une pause et raisonner froidement, exactement comme on conseille en France de se méfier de toute offre immobilière assortie d'une pression temporelle inhabituelle.

Consultez un professionnel tiers et indépendant

Il est essentiel de faire appel non pas à l'expert recommandé par la partie adverse, mais à un avocat ou un scrivener judiciaire de sa propre confiance, afin d'obtenir un regard réellement indépendant sur la transaction, un principe qui rejoint la recommandation française de toujours choisir soi-même son notaire plutôt que d'accepter celui suggéré par le vendeur.

Cinq mesures de protection contre la fraude au jimeshi

Aucune parade n'est parfaite, mais la mise en œuvre des cinq points suivants permet de réduire sensiblement le risque d'être victime d'une fraude.

1. Faites appel à un scrivener judiciaire de confiance

Choisir un scrivener judiciaire expérimenté et disposant d'un solide historique de transactions constitue la première étape pour limiter le risque. Les réseaux de jimeshi mandatent souvent eux-mêmes un scrivener judiciaire complice ; il est donc impératif de faire appel à un professionnel de sa propre confiance, à l'image du réflexe français consistant à ne jamais accepter un notaire imposé par son cocontractant.

2. Vérifiez rigoureusement les pièces d'identité du vendeur

Avant tout versement d'acompte, exigez la présentation du permis de conduire, du passeport ou d'autres pièces d'identité. Il est souhaitable qu'un avocat assiste à cette vérification pour détecter d'éventuelles falsifications. Si le vendeur refuse de présenter ces documents, il faut envisager d'interrompre la transaction.

3. Rendez-vous à l'adresse inscrite au registre foncier

Avant tout paiement, rendez-vous en personne à l'adresse du propriétaire indiquée dans le registre pour la vérifier. Les jimeshi choisissent souvent des biens dont le propriétaire réside loin, mais il est extrêmement rare qu'ils aillent jusqu'à louer un logement pour simuler une résidence.

4. Utilisez le dispositif de signalement préventif contre l'enregistrement frauduleux

En cas de vol du titre de propriété ou du sceau personnel enregistré, adressez sans délai un « signalement préventif contre l'enregistrement frauduleux » au bureau des affaires juridiques. Si un enregistrement frauduleux survient dans les trois mois suivant ce signalement, le bureau des affaires juridiques vous en informe. Ce mécanisme n'a pas de véritable équivalent en droit français, où la protection repose davantage sur le filtre préalable du notaire que sur une alerte a posteriori.

5. Gérez rigoureusement l'information d'identification de l'enregistrement

En cas de fuite de l'information d'identification de l'enregistrement, à douze chiffres, procédez immédiatement à sa procédure d'invalidation. La règle d'or consiste à ne jamais transmettre à un tiers, sans précaution, le titre de propriété, le sceau personnel ou toute information nécessaire à l'enregistrement.

D'autres arnaques immobilières à surveiller au-delà du jimeshi

Au-delà du jimeshi, diverses autres méthodes de fraude existent dans les transactions immobilières.

  • La vente dissimulant l'impossibilité de construire : vendre en cachant les contraintes réelles un terrain agricole, situé en zone d'urbanisation contrôlée, ou dont le sol instable exigerait des travaux de confortement très coûteux
  • La spéculation sur terrain vierge (plan d'urbanisme fictif) : inventer un projet d'aménagement imaginaire et faire croire à une future plus-value pour vendre bien au-delà du prix du marché, un procédé générant parfois des victimes secondaires

Foire aux questions (FAQ)

Q. Qu'est-ce qu'un jimeshi ?

Un jimeshi est un escroc, ou un réseau d'escrocs, qui usurpe l'identité du propriétaire d'un bien immobilier pour en détourner le prix de vente. Ils utilisent des pièces d'identité falsifiées et agissent de manière organisée.

Q. Si l'on est victime d'un jimeshi, peut-on récupérer son argent ?

Le recouvrement est extrêmement difficile. Même en cas d'arrestation des auteurs, la police n'a pas le pouvoir de contraindre à la restitution, et même une victoire en justice civile ne permet pas de recouvrer les fonds si les auteurs n'ont plus de capacité de remboursement.

Q. Existe-t-il un moyen infaillible de se prémunir contre la fraude au jimeshi ?

Aucune méthode parfaite n'existe. Toutefois, faire appel à un scrivener judiciaire de confiance, renforcer la vérification d'identité et garder son calme face à une transaction précipitée permettent de réduire considérablement le risque.

Q. Les particuliers peuvent-ils aussi être ciblés par les jimeshi ?

Oui. Au-delà des grandes entreprises, des particuliers ont également été victimes de jimeshi dans leurs transactions immobilières. Lors de tout achat, il est recommandé de toujours passer par un professionnel de confiance.

Daisuke Inazawa, President & CEO of INA&Associates Inc.

Auteur

Président-directeur généralINA&Associates Inc.

Président-directeur général d'INA&Associates Inc. Dirige le courtage immobilier, la location et la gestion de biens dans le Grand Tokyo et la région du Kansai. Spécialisé dans la stratégie d'investissement en immobilier de rendement et le conseil aux grandes fortunes.

Daisuke Inazawa est le président-directeur général d'INA&Associates Inc., une société immobilière japonaise dont le siège se trouve à Osaka et qui dispose d'une succursale à Tokyo. Il dirige les trois activités fondamentales du groupe — courtage en vente immobilière, location et gestion de biens — dans le Grand Tokyo et la région du Kansai.

Ses domaines d'expertise recouvrent la stratégie d'investissement en immobilier de rendement, l'optimisation de la rentabilité des opérations locatives, le conseil immobilier destiné aux grandes fortunes (UHNWI) et aux investisseurs institutionnels, ainsi que l'investissement immobilier transfrontalier. Il fournit un conseil de long terme, fondé sur les données, à une clientèle d'investisseurs au Japon comme à l'étranger.

Sous la devise « l'actif le plus précieux d'une entreprise, ce sont ses hommes », il positionne INA&Associates comme une « entreprise d'investissement dans le capital humain » et s'engage à créer une valeur d'entreprise durable par le développement des talents. En tant que dirigeant, il s'exprime également sur le leadership et la culture organisationnelle en période de changement.

Il a obtenu onze qualifications professionnelles japonaises : courtier immobilier agréé (Takken), Master agréé en conseil immobilier, gestionnaire agréé de copropriétés, superviseur agréé de gestion d'immeubles, professionnel certifié de gestion locative, gyōseishoshi (juriste administratif), responsable certifié de la protection des données personnelles, responsable de prévention incendie de classe A, spécialiste certifié de l'immobilier vendu aux enchères, ingénieur de maintenance de copropriétés, et superviseur agréé des opérations de crédit.

  • Courtier immobilier agréé (Takken)
  • Master agréé en conseil immobilier
  • Gestionnaire agréé de copropriétés
  • Superviseur agréé de gestion d'immeubles
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