Avez-vous déjà remarqué, sur la façade d'un immeuble, d'une résidence ou même d'une école au Japon, une plaque de pierre gravée des deux caractères 定礎 (teiso) ? C'est un détail que l'on croise partout dans les villes japonaises, et pourtant bien peu de personnes — y compris des Japonais — sauraient expliquer ce qu'il signifie. Il s'agit d'un usage spécifiquement japonais, sans équivalent direct en Occident : contrairement à la pose de la première pierre en Europe, qui marque uniquement le début du chantier, le teiso japonais peut être posé à tout moment de la construction et combine rituel shinto, plaque commémorative et, souvent, une capsule temporelle scellée dans le mur. Pour un investisseur francophone qui envisage d'acquérir un bien au Japon, comprendre cette pratique éclaire un pan entier de la culture du bâtiment japonais et de sa manière de documenter l'histoire d'un actif immobilier. Cet article répond d'abord au sens et à la prononciation du teiso (ていそ), avant d'examiner, avec le regard de professionnels de l'immobilier, les raisons de son installation, son histoire, le contenu de la plaque et du coffret qu'elle abrite, le moment où ce coffret est ouvert, et le déroulement de la cérémonie qui l'accompagne.
Teiso (定礎) désigne l'action de « fixer la pierre de fondation » (礎, ishizue) d'un bâtiment, et le terme est aussi employé, par extension, pour nommer la plaque de pierre elle-même — le teiso-ban (定礎板) — scellée dans la façade en souvenir de cet acte. Sa prononciation est « teiso » (ていそ). Elle est posée en mémoire du teiso-shiki (定礎式), une cérémonie shinto qui invoque la bonne marche du chantier et la prospérité durable du bâtiment ; à l'arrière de la plaque peut se trouver un teiso-bako (定礎箱), un coffret renfermant des documents de l'époque de la construction, à la manière d'une capsule temporelle. Son installation n'obéit à aucune obligation légale : il s'agit d'un usage ancien, toujours vivant aujourd'hui, hérité de la fin du XIXe siècle.
Les points clés de cet article
- Le teiso se prononce « teiso » (ていそ) et désigne la plaque commémorative marquant l'acte de fixer le ishizue (礎), la pierre de fondation du bâtiment.
- Il commémore le teiso-shiki, la cérémonie qui invoque la sécurité du chantier et la longévité du bâtiment ; aucune loi n'impose son installation.
- À l'arrière de la plaque peut être scellé un teiso-bako renfermant plans, journaux, pièces de monnaie et autres souvenirs de l'époque de la construction.
- Le teiso-bako n'est, en principe, ouvert qu'au moment de la reconstruction ou de la démolition du bâtiment.
- L'emplacement privilégié aujourd'hui est à proximité de l'entrée principale, alors que l'angle sud-est du bâtiment était autrefois la norme.
Qu'est-ce que le teiso ? Prononciation et signification
Le teiso désigne l'acte de fixer le ishizue, la pierre de fondation sur laquelle repose l'ossature du bâtiment ; par extension, la plaque de pierre posée en façade pour en garder la mémoire se nomme teiso-ban. Avant d'aller plus loin, voyons d'abord la prononciation exacte du terme, puis son sens premier.
Le teiso se prononce « teiso »
定礎 se lit « teiso » (ていそ). On entend parfois des lectures erronées comme « jōseki » ou « jōso », mais la prononciation correcte reste « teiso ». Ce terme relevant du vocabulaire technique du bâtiment, il est rarement employé dans la conversation courante, ce qui explique que même de nombreux Japonais hésitent sur sa lecture — un rappel utile que la langue japonaise multiplie les lectures possibles pour un même kanji, un piège fréquent pour les lecteurs non japonophones qui rencontrent ce terme pour la première fois.
定礎 signifie « fixer le ishizue »
Littéralement, teiso signifie « fixer le ishizue (礎) », c'est-à-dire la pierre de fondation posée sous les piliers d'un bâtiment. Dans l'architecture traditionnelle japonaise en bois, planter un pilier directement dans le sol l'exposait à l'humidité de la pluie et de la neige, qui finissait par le faire pourrir, et le rendait vulnérable aux termites. En posant une pierre de fondation puis en y dressant le pilier, les charpentiers japonais protégeaient le bois du sol humide — un principe constructif qui, contrairement aux fondations en maçonnerie continue de l'architecture européenne traditionnelle, repose sur des points d'appui isolés, mieux adaptés au climat humide et aux séismes fréquents de l'archipel.
Déterminer l'emplacement de cette pierre de fondation marquait donc le point de départ de toute construction. C'est pour cette raison que le mot ishizue est aussi employé au sens figuré pour désigner « le fondement d'une chose », à l'image de l'expression française « poser les bases ». Le teiso porte ainsi en lui à la fois le commencement d'un bâtiment et le vœu de sa pérennité.
Pourquoi installe-t-on un teiso ?
L'installation d'un teiso répond à un double objectif : invoquer la sécurité du chantier et la prospérité du bâtiment, et conserver une trace de cette étape architecturale pour les générations futures. Sa particularité est de n'avoir aucune fonction structurelle : c'est un geste commémoratif et votif, comparable par l'esprit à une bénédiction de chantier occidentale, mais dont la forme — une plaque de pierre scellée, souvent accompagnée d'un coffret enfoui — reste propre au Japon.
Un symbole du début des travaux et un vœu de prospérité
Les bâtiments modernes étant construits en béton armé ou en charpente métallique, il n'est plus vraiment nécessaire de protéger un pilier en bois au moyen d'une pierre de fondation. D'un point de vue strictement technique, la fonction pratique du teiso a donc largement disparu. Le vœu qui l'anime, en revanche, demeure inchangé : que le chantier s'achève sans incident et que le bâtiment serve longtemps. La plaque de teiso perpétue ce vœu et transmet aux générations futures la mémoire de cette étape de la construction.
C'est pourquoi, de nos jours, le teiso a moins valeur de signal de démarrage du chantier que de commémoration de son bon déroulement. La cérémonie a généralement lieu lorsque les travaux sont déjà bien avancés, afin de graver dans la pierre le fait que le bâtiment a pris forme sans encombre. Cette dimension commémorative est devenue, aujourd'hui, le cœur même de la pratique du teiso.
Le design de la plaque et la date qui y est gravée
Le teiso-ban est le plus souvent taillé dans une pierre noire, grise ou brune, même si certains bâtiments optent pour une pierre blanche ou une plaque en acier inoxydable. Les caractères sont généralement gravés en mincho (明朝体), la police à empattements traditionnelle de la typographie japonaise — l'équivalent, dans l'esprit, d'un serif classique comme le Times New Roman —, et restent souvent non colorés, ce qui les rend parfois difficiles à repérer selon la teinte de la pierre.
La plaque porte presque toujours une date. Autrefois, il s'agissait de la date de début des travaux ; comme on le verra plus loin, c'est de plus en plus souvent la date de la cérémonie du teiso-shiki qui y est gravée. Le calendrier utilisé — grégorien ou ère impériale japonaise (par exemple Reiwa 8 plutôt que 2026) —, ainsi que la précision de la date, varient d'un bâtiment à l'autre.
Ces dernières années, les plaques s'affranchissent de plus en plus du format classique : philosophie d'entreprise ou adage gravé, hiragana « ていそ » à la place des kanjis, motifs en mosaïque de céramique. Certaines, sobres et en acier inoxydable, omettent même les caractères 定礎, si bien qu'il faut regarder attentivement pour reconnaître un teiso — au point que certains amateurs prennent plaisir à en repérer au fil de leurs promenades urbaines.
Où le teiso est-il installé ?
Il n'existe aucune règle stricte quant à l'emplacement du teiso, mais l'usage actuel est de le placer à un endroit visible, près de l'entrée principale. Autrefois, l'angle sud-est du bâtiment était le lieu privilégié, en vertu d'une croyance issue de la géomancie japonaise, le kasō (家相) : le nord-est était perçu comme le kimon (鬼門, la « porte des démons »), direction néfaste, et le sud-ouest comme son symétrique, l'ura-kimon (裏鬼門) ; le sud-est, à l'écart des deux, passait pour l'orientation la plus favorable — un système sans réel équivalent dans les traditions occidentales, où l'orientation d'un bâtiment répond plutôt à des critères d'ensoleillement ou de vue. Il s'agit là d'un usage, non d'une règle codifiée, et le teiso ne se limite pas aux immeubles de bureaux : on le trouve aussi sur des écoles, des hôpitaux ou des complexes commerciaux.
Histoire et origine du teiso
L'origine du teiso ne se trouve pas au Japon, mais dans l'architecture en pierre de l'Orient ancien. Sa diffusion au Japon est en réalité assez récente, puisqu'elle ne remonte qu'à l'ère Meiji (1868-1912).
Des racines en Mésopotamie antique
Les racines du teiso remonteraient à l'architecture en pierre de la civilisation mésopotamienne antique, il y a plusieurs millénaires : la pierre de fondation servait alors de point de référence au démarrage d'une construction. Plus tard, en Grèce puis à Rome, on aurait gravé des marques sur cette pierre repère, et la pratique aurait évolué vers un rituel invoquant l'achèvement du chantier et la longévité du bâtiment — une filiation qui rappelle, pour un lecteur européen, la pose de la première pierre encore pratiquée aujourd'hui en France, mais dont la forme japonaise a pris, comme on le verra, une direction culturelle très différente.
Une implantation au Japon dès l'ère Meiji
C'est à l'ère Meiji que le teiso s'est répandu au Japon. Après l'ouverture du pays et dans l'élan de la modernisation, de nombreux bâtiments de style occidental furent construits, et c'est par l'intermédiaire des ingénieurs et architectes occidentaux chargés de leur conception et de leur supervision que la culture du teiso se serait transmise au Japon. L'usage du teiso-bako, ce coffret dissimulé derrière la plaque, serait apparu un peu plus tard, vers la fin de l'ère Meiji. Au fil du temps, la forme de l'installation a évolué : on ne la pose plus nécessairement au début du chantier, mais de plus en plus souvent à un stade avancé des travaux.
Que contiennent la plaque et le coffret du teiso ?
Derrière la plaque de teiso peut être scellé un contenant appelé teiso-bako, dans lequel sont conservés des documents et souvenirs de l'époque de la construction. C'est sans doute l'aspect le plus fascinant du teiso, celui qui le rapproche le plus d'une véritable capsule temporelle.
Où se trouve le teiso-bako ?
Le teiso-ban est encastré dans la façade du bâtiment, et le teiso-bako est enfoui juste derrière. Le coffret est le plus souvent en cuivre ou en acier inoxydable, des matériaux résistants à la corrosion, bien que certains soient en bois. Un soin particulier est apporté à l'étanchéité du contenant, afin de protéger les documents qu'il renferme sur la plus longue durée possible.
Ce que l'on trouve habituellement dans un teiso-bako
Rien n'impose ce que l'on doit placer dans un teiso-bako, mais on y choisit généralement des objets susceptibles de témoigner, pour les générations futures, de l'état de la construction à cette époque — son rôle est bien celui d'une capsule temporelle. Voici les objets que l'on y trouve le plus couramment :
- Les plans de conception du bâtiment
- Une plaque commémorative gravée des noms du maître d'ouvrage et des professionnels ayant participé à la construction
- Des photographies du chantier ou de l'achèvement des travaux
- Le journal du jour de la cérémonie du teiso-shiki
- Des pièces et billets en circulation à l'époque
- Un talisman du ujigami-sama (氏神様), la divinité shinto tutélaire du quartier ou du terrain
- Des magazines ou objets représentatifs de l'époque
Cette pratique ne se limite pas aux immeubles de bureaux ou aux usines : on observe aujourd'hui des particuliers qui installent un teiso-bako jusque dans leur maison individuelle. Le contenu tend alors à devenir plus personnel — plans de la maison, journal du jour de l'achèvement, photos de famille, lettres des enfants — autant de traces propres à ce foyer précis. Il n'existe pas de réponse unique à la question de ce qu'il faut y mettre : mieux vaut choisir ce qui permettra, un jour, à la famille de se replonger dans cette période de sa vie.
Pour conserver ces documents en bon état sur la durée, il est indispensable de choisir un contenant parfaitement étanche et de se prémunir contre l'humidité. Le papier se dégradant facilement avec le temps, il est recommandé d'envelopper photographies et documents dans un matériau robuste avant de les y placer.
Quand ouvre-t-on le teiso-bako ?
Le teiso-bako n'est, en principe, ouvert que lors de la reconstruction ou de la démolition du bâtiment. Il n'est pas rare qu'il reste scellé pendant plusieurs décennies, voire près d'un siècle pour les grands édifices, avant d'être ouvert pour la toute première fois.
C'est pourquoi le contenu d'un teiso-bako constitue une source historique précieuse pour évoquer l'époque de sa construction. Il arrive qu'un teiso-bako soit découvert au moment où les propriétaires d'un bâtiment ancien examinent le déroulement et le coût des travaux de démolition, et que la découverte fasse l'actualité. Des teiso-bako ont ainsi été mis au jour dans des bâtiments à travers tout le Japon.
Le teiso-bako en bois de paulownia découvert au bâtiment n°5 de la préfecture de Miyazaki
Dans la préfecture de Miyazaki, un teiso-bako en bois de paulownia (kiri, 桐, une essence légère et résistante à l'humidité) a été découvert lors du hikiya (曳家 — une technique japonaise consistant à faire glisser un bâtiment entier sur des rails pour le déplacer sans le démolir) du bâtiment n°5 de la préfecture, construit en 1926 pour l'ancienne Banque agricole et industrielle de Miyazaki. Cet édifice, alors centre d'archives, a été déplacé pour préserver ce patrimoine pendant la construction, sur son emplacement d'origine, d'un nouveau siège dédié à la gestion des catastrophes. Le coffret contenait une plaque commémorative en argent, un journal du jour supposé de la cérémonie, ainsi que des pièces en circulation à l'époque. Ouvert pour la première fois après près de quatre-vingt-dix ans, son contenu a été conservé et présenté au public.
Le teiso-bako en cuivre de l'ancien siège social d'IBM Japon
Dans l'ancien siège social d'IBM Japon (achevé en 1971), démoli lors d'un réaménagement urbain, un teiso-bako en cuivre a été retrouvé derrière la plaque. Ce coffret hermétique renfermait des quotidiens de l'époque, y compris en anglais, des revues professionnelles de la construction, les plans de l'immeuble, des photographies de l'achèvement des travaux, ainsi qu'une plaque en laiton portant les noms des personnes impliquées. La signature de l'architecte, préservée sur les plans, en aurait fait un document précieux pour l'histoire de l'architecture — une découverte qui aurait surpris jusqu'aux employés de l'entreprise, peu au fait de son existence.
Le teiso-bako de l'ère Meiji découvert à l'Université de Tokyo
À l'Université de Tokyo, un teiso-bako métallique a été découvert dans les fondations en briques de l'ancienne bibliothèque, détruite par un incendie lors du grand séisme du Kantō de 1923, lors d'une étude menée en amont de la construction d'un nouveau bâtiment. Il contenait une plaque enveloppée dans un exemplaire du Journal officiel (官報, kanpō) daté de la 23e année de l'ère Meiji (1890), gravée de l'achèvement de la bibliothèque de l'Université impériale et des noms du superviseur des travaux et de l'architecte — dont l'identité n'avait jamais été établie jusque-là. Les cas de teiso-bako retrouvés dans des bâtiments de l'ère Meiji restent rares, ce qui en fait une découverte importante pour l'histoire de l'architecture japonaise.
Un teiso-bako mis au jour lors de la reconstruction d'un campus universitaire
Sur le campus de Neyagawa de l'Université Osaka Electro-Communication également, un teiso-bako métallique a été extrait de derrière la plaque avant la démolition d'un bâtiment achevé en 1967. Ce coffret à double paroi renfermait une plaque commémorative, les cartes de visite des personnes ayant participé à la construction, les plans du campus, des pièces de monnaie en circulation à l'époque, ainsi que le journal du jour de l'achèvement des travaux. Ces documents endormis pendant un demi-siècle ont tous été accueillis comme des témoignages précieux de leur époque.
Ces découvertes montrent que le teiso-bako n'est pas un simple objet commémoratif, mais bel et bien une source historique qui transmet jusqu'à nous la mémoire d'une époque. Alors que la reconstruction de bâtiments anciens se poursuit partout au Japon, il est fort possible qu'un teiso-bako soit ouvert quelque part au moment même où vous lisez ces lignes. Pour un investisseur habitué à juger un bien surtout à son rendement locatif ou à son emplacement, cette pratique rappelle que l'immobilier japonais porte aussi, dans sa matérialité, la mémoire du temps qu'un bâtiment a traversé — une dimension à ne pas négliger dans l'évaluation d'un actif ancien.
Le teiso-shiki : en quoi consiste cette cérémonie ?
Le teiso-shiki est une cérémonie shinto qui accompagne la pose de la plaque de teiso, destinée à invoquer la bonne marche du chantier et la prospérité du bâtiment. Elle est le plus souvent célébrée par un prêtre shinto (神主, kannushi) invité d'un sanctuaire local, et s'inscrit parmi les rites religieux qui jalonnent un chantier de construction au Japon — sans équivalent direct en Europe, où la bénédiction d'un chantier, lorsqu'elle existe, relève d'une démarche individuelle plutôt que d'une étape institutionnalisée du processus de construction.
À quel moment a lieu le teiso-shiki ?
Puisque le teiso consiste, à l'origine, à fixer la pierre de fondation, il était logique de le célébrer au tout début du chantier. Mais les techniques de construction modernes ne comportant plus d'étape consistant à poser une pierre de fondation à proprement parler, il est devenu courant de célébrer la cérémonie lorsque les travaux entrent dans leur phase de finition, voire juste avant l'achèvement du bâtiment. C'est la raison pour laquelle la date gravée sur la plaque ne correspond pas nécessairement à la date de début des travaux.
Le déroulement général de la cérémonie
Lors du teiso-shiki, une purification rituelle (お祓い, oharai) est effectuée avant la pose de la plaque, afin d'invoquer la sécurité du chantier et la longévité du bâtiment. Lorsqu'un prêtre shinto est invité, la cérémonie suit généralement une séquence de rites successifs : le shubatsu (修祓), qui purifie le corps et l'esprit des participants ; le kōshin (降神), rite d'invocation de la divinité ; le kensen (献饌), offrande de mets et de boissons ; puis le norito sōjō (祝詞奏上), lecture d'une prière rituelle adressée aux divinités — avant que ne débute proprement le rite du teiso lui-même.
Dans le rite du teiso proprement dit, une déclaration formulant le vœu d'une prospérité durable pour le bâtiment est lue à voix haute, puis le voile recouvrant la plaque est levé, avant que du mortier ne soit coulé à l'emplacement prévu pour y sceller la plaque. On vérifie ensuite que celle-ci est parfaitement d'aplomb, à l'horizontale comme à la verticale, avant de considérer la pose achevée. La cérémonie se conclut par une offrande de tamagushi (玉串, une branche de sakaki ornée de bandes de papier blanc, offerte aux divinités shinto lors des rites importants) par les participants, qui invoquent ainsi la protection du terrain et de toutes les personnes impliquées, avant un dernier rite de reconduite de la divinité. Il ne s'agit toutefois là que du déroulement type : la cérémonie est fréquemment simplifiée selon le bâtiment concerné ou la sensibilité du maître d'ouvrage.
En quoi le teiso-shiki diffère du jichinsai et du jōtōshiki
Le teiso-shiki n'est pas la seule cérémonie qui jalonne un chantier au Japon ; il en existe plusieurs autres, souvent confondues entre elles. Clarifions ici leurs différences respectives.
- Le jichinsai (地鎮祭) : célébré avant le début des travaux, ce rite consiste à annoncer le projet de construction à la divinité du terrain (氏神様, ujigami-sama) et à invoquer la sécurité du chantier.
- Le jōtōshiki (上棟式) : célébré en cours de chantier, lorsque l'ossature du bâtiment vient d'être montée, il exprime la gratitude pour l'achèvement sans incident de la charpente et invoque la sécurité pour la suite des travaux — l'équivalent, dans l'esprit, de la crémaillère de charpente (« topping-out ceremony ») connue dans certains pays occidentaux.
- Le shunkōshiki (竣工式) : cérémonie annonçant aux divinités l'achèvement complet des travaux ; le teiso-shiki a le plus souvent lieu avant elle.
Si le jichinsai célèbre le « commencement » et le shunkōshiki l'« achèvement », le teiso-shiki se situe entre les deux, comme l'étape qui grave dans la pierre le souvenir du bâtiment.
L'installation d'un teiso est-elle une obligation légale ?
L'installation d'un teiso n'est soumise à aucune obligation légale. Elle n'est exigée par aucun texte, ni par la loi japonaise sur les normes de construction (建築基準法, Kenchiku Kijun Hō, l'équivalent du code de la construction), et relève uniquement d'un usage ancien. La décision de l'installer ou non revient entièrement au maître d'ouvrage — de très nombreux bâtiments n'en comportent tout simplement pas, à la différence des diagnostics techniques que la réglementation immobilière française impose avant toute vente.
Peut-on installer un teiso dans sa propre maison ?
Rien n'empêche d'installer un teiso, voire un teiso-bako, dans une maison individuelle. Certains y voient à la fois un vœu de sécurité pour le chantier et une capsule temporelle destinée à faire revivre, plus tard, le souvenir de la construction pour toute la famille. Lorsqu'on choisit de l'installer, la plaque, gravée de la date d'achèvement et du nom du maître d'ouvrage, est généralement posée près de l'entrée ou à l'angle sud-est de la maison. Certains propriétaires choisissent encore l'emplacement en tenant compte du kasō (家相, la géomancie de l'habitat japonaise) ou du fūsui (風水, le feng shui japonais).
Une maison individuelle atteint généralement l'âge de sa reconstruction après plusieurs décennies, et l'on peut alors imaginer ouvrir le teiso-bako soi-même, ou avec la génération suivante, comme un moment particulier. Se renseigner tôt sur le coût et le déroulement d'une reconstruction facilite d'ailleurs ce type de projet à long terme. Le simple fait de choisir en famille ce que l'on va y placer peut, en soi, devenir un moment qui renforce l'attachement à son foyer.
Un point de vigilance du point de vue des professionnels de l'immobilier
Du point de vue du bâtiment en tant qu'actif, une précaution mérite d'être signalée. La plaque de teiso portant des informations personnelles — nom du maître d'ouvrage, date —, sa présence non modifiée au moment de la revente expose ces données à un tiers acquéreur. Chez INA&Associates, lorsque nous accompagnons nos clients dans la vente d'un bien, nous vérifions systématiquement le traitement de ce type d'information — une considération que les investisseurs étrangers, habitués à des marchés où ce type de plaque n'existe pas, n'anticiperaient pas nécessairement.
Le teiso en lui-même n'a pas d'incidence majeure sur la valeur patrimoniale d'un bien, mais un bâtiment voit sa valeur évoluer avec le temps. Comprendre comment la valeur patrimoniale d'un bâtiment évolue avec le vieillissement, et comment l'entretenir est utile aussi bien pour continuer à l'habiter longtemps que pour anticiper une revente. Précisément parce qu'il enregistre le temps traversé par un bâtiment, le teiso mérite d'être considéré en parallèle de sa valeur en tant qu'actif.
Foire aux questions (FAQ)
Q1. L'installation d'un teiso est-elle imposée par la loi ?
Non, l'installation d'un teiso n'est soumise à aucune obligation légale. Il s'agit d'un usage architectural traditionnel, et la décision de l'installer, comme celle de son emplacement, revient entièrement au maître d'ouvrage. C'est pourquoi de nombreux bâtiments n'en comportent pas.
Q2. Que contient un teiso-bako ?
On y trouve le plus souvent les plans de conception du bâtiment, un journal de l'époque de la construction, une plaque gravée des noms des personnes impliquées, ainsi que des pièces ou billets en circulation à l'époque. Il n'existe pas de règle fixe : les objets choisis sont ceux qui, comme dans une capsule temporelle, témoignent le mieux de l'époque de la construction.
Q3. Quand ouvre-t-on un teiso-bako ?
Il n'est, en principe, ouvert qu'au moment de la reconstruction ou de la démolition du bâtiment. Il n'est pas rare qu'il ne soit ouvert pour la première fois qu'après plusieurs décennies, voire près d'un siècle pour les grands édifices, ce qui en fait alors une source historique précieuse sur l'époque de sa construction.
Q4. Que représente la date gravée sur le teiso ?
Dans la plupart des cas, la date gravée correspond à celle où le teiso-shiki a été célébré. Autrefois, on y inscrivait la date de début des travaux ; mais comme la cérémonie a aujourd'hui lieu, le plus souvent, lors de la phase de finition du chantier, cette date ne correspond pas nécessairement ni au début ni à l'achèvement des travaux — un détail à garder à l'esprit si l'on cherche à dater précisément un bâtiment à partir de sa seule plaque de teiso.



