« Investir dans le capital humain fait-il vraiment croître la valeur de l'entreprise ? » C'est une question que tout dirigeant se pose un jour. Dans la gestion fondée sur le capital humain, les dépenses consacrées au personnel sont considérées comme un investissement tourné vers l'avenir, mais il est essentiel de comprendre par quel mécanisme cet investissement contribue concrètement à la valorisation de l'entreprise. Cet article présente les principaux leviers par lesquels l'investissement dans les collaborateurs agit sur la performance et sur l'évaluation de l'entreprise.
Note sur un jeu d'écriture japonais : le mot que cet article traduit par « capital humain » se prononce « jinzai » et s'écrit habituellement 人材, en associant le caractère de la « personne » à celui du « matériau » — une vision qui, historiquement, traite le salarié comme une ressource interchangeable, un peu comme une pièce détachée. L'article original emploie systématiquement une autre graphie, homophone mais distincte : 人財, où le caractère « matériau » est remplacé par celui du « trésor » ou du « capital » financier. Ce choix, devenu courant dans le discours managérial japonais depuis les années 2010, affirme que l'entreprise considère ses employés comme un actif précieux à faire fructifier, et non comme un simple coût de production — une nuance proche de l'écart, en français, entre « gestion des ressources humaines » et « capital humain ».
Pourquoi l'investissement dans le capital humain stimule-t-il la productivité et l'innovation ?
L'investissement dans le capital humain est le levier le plus fiable pour accroître à la fois la productivité et la capacité d'innovation, deux moteurs directs de la valeur de l'entreprise.
Lorsqu'une entreprise consacre de l'argent et du temps à la montée en compétences de ses salariés, la qualité et le volume de ce que chacun produit augmentent. Faire suivre à l'ensemble du personnel une formation sur les outils informatiques récents améliore l'efficacité opérationnelle et permet de proposer de nouveaux services appuyés sur des outils numériques. De même, investir dans la formation au management des équipes dirigeantes permet de mieux révéler le potentiel des subordonnés et tire vers le haut la productivité de l'ensemble de l'organisation. C'est un raisonnement qui ne dépanne pas d'une logique française : le plan de développement des compétences imposé aux employeurs, ou le compte personnel de formation (CPF), reposent sur la même conviction que la formation continue est un investissement productif et non une dépense accessoire.
Les comparaisons internationales portant sur les entreprises japonaises pointent régulièrement un investissement insuffisant dans le capital humain comme l'un des facteurs de la stagnation de la productivité du travail au Japon. À l'inverse, cela signifie qu'un renforcement de cet investissement laisse encore une marge de progression considérable pour les entreprises japonaises.
L'investissement dans le capital humain est en outre directement lié à la création d'innovation. Le développement des compétences des salariés et le recrutement de profils variés apportent à l'entreprise de nouvelles connaissances et de nouvelles façons de penser. Le renforcement des effectifs en recherche et développement et le recrutement de personnes disposant de compétences spécialisées accélèrent la vitesse de développement des nouveaux produits et services. La croissance continue de la valeur de l'entreprise est indissociable de l'innovation, et l'investissement dans les personnes en est la source.
Comment l'amélioration de l'engagement des salariés se traduit-elle par de meilleurs résultats ?
Il est empiriquement établi que l'amélioration de l'engagement des salariés augmente sensiblement la marge opérationnelle et la productivité du travail.
Plus une entreprise prend soin de ses salariés et investit dans la formation et les avantages sociaux, plus ceux-ci ressentent qu'« ils comptent pour l'entreprise » et qu'« on leur donne des occasions de progresser », ce qui accroît leur motivation et leur sentiment de contribution. Les salariés font alors preuve de plus d'initiative et d'ingéniosité dans leur travail, ce qui produit des effets d'entraînement au-delà de la seule hausse de productivité : amélioration de la qualité de la relation client, renforcement du travail d'équipe. C'est un mécanisme que la France mesure elle aussi, par exemple à travers les enquêtes annuelles sur la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) menées dans de nombreuses entreprises.
Par ailleurs, sur les lieux de travail où l'engagement est élevé, le taux de départ des collaborateurs les plus compétents diminue, ce qui permet aux savoir-faire et aux connaissances accumulés au fil des années de rester dans l'entreprise et favorise une gestion organisationnelle stable. La fidélisation du personnel réduit également les coûts liés au recrutement et à la formation de nouveaux arrivants.
Dans les activités de services, où « l'humain » est au cœur même de la valeur proposée, un cercle vertueux se met en place : satisfaction des salariés (investissement) → satisfaction des clients → amélioration des résultats. Investir dans son capital humain revient donc à cultiver le moteur le plus puissant de la croissance des résultats.
Comment le marché valorise-t-il la hausse des actifs immatériels ?
Aujourd'hui, l'essentiel de la valeur d'une entreprise provient d'actifs immatériels — capital humain, propriété intellectuelle, marque —, et le marché accorde une valorisation élevée à ces « actifs invisibles ».
Un collectif de talents exceptionnels ou un savoir-faire technique difficile à reproduire constituent une source d'avantage concurrentiel que les concurrents ne peuvent copier facilement. Une entreprise qui compte de nombreux ingénieurs à la pointe de la technologie ou des salariés offrant un service exceptionnel peut espérer créer de la valeur de manière stable sur le long terme ; le marché a tendance à l'évaluer en conséquence, avec de fortes attentes de croissance. En France, cette logique se retrouve dans la manière dont les investisseurs valorisent les entreprises technologiques ou de conseil selon la qualité de leurs équipes, bien au-delà de leurs seuls actifs corporels.
Ces dernières années, la diffusion de l'investissement ESG fait que les engagements d'une entreprise sur le volet « S » (social) pèsent fortement sur les décisions d'investissement. Une entreprise qui investit activement dans son capital humain est perçue comme « prenant soin de ses salariés et assumant sa responsabilité sociale », ce qui est accueilli favorablement sous l'angle ESG. Cette logique est directement comparable à ce que la réglementation européenne sur la publication d'informations en matière de durabilité (la directive CSRD, qui a remplacé la déclaration de performance extra-financière, ou DPEF, en France) impose désormais aux grandes entreprises européennes en matière de reporting social.
Depuis 2023, la publication d'informations sur le capital humain dans les rapports financiers annuels est également devenue obligatoire au Japon, et les investisseurs portent une attention croissante à la stratégie de capital humain de chaque entreprise. Les entreprises qui ont pris l'initiative de « rendre visible » leur capital humain et d'y investir stratégiquement sont de plus en plus souvent valorisées par les investisseurs institutionnels de long terme.
Qu'est-ce que « l'investissement avisé », qui permet de maximiser l'effet de l'investissement dans le capital humain ?
L'investissement avisé (« wise investing ») désigne un investissement intelligent, conscient du retour attendu, qui consiste à concentrer des ressources de gestion limitées sur les domaines à plus fort effet de levier.
Pour mettre en œuvre un investissement avisé, les étapes suivantes sont essentielles :
- Définir des indicateurs (KPI) et les suivre dans la durée : suivre régulièrement l'évolution de la productivité des salariés formés au regard du budget de formation, ou l'évolution du taux de départ au regard des actions engagées pour l'engagement
- Aligner l'investissement sur la stratégie d'entreprise : concentrer les ressources sur les domaines de capital humain qui constituent la clé de voûte du développement du modèle économique de l'entreprise
- Rendre le capital humain « visible » : mettre en place un dispositif capable de démontrer, données à l'appui, le lien entre l'investissement dans le capital humain et la valeur de l'entreprise, et de l'expliquer en interne comme en externe
Plutôt que d'investir sans discernement dans toutes les directions, c'est bien un investissement cohérent avec la stratégie qui apporte le rendement le plus élevé. Les entreprises qui se sont engagées tôt dans la mise en visibilité de leur capital humain et dans un investissement stratégique disposent aussi d'une occasion de prendre l'avantage concurrentiel.
Pourquoi les dirigeants doivent-ils aborder l'investissement dans le capital humain avec une vision de long terme ?
L'investissement dans les salariés représente un coût à court terme, mais il apporte à l'entreprise, à moyen et long terme, un retour considérable : gains de productivité, création d'innovation, fidélisation des collaborateurs et évaluation favorable de la part du marché. C'est un investissement stratégique à part entière.
Pour qu'une entreprise puisse croître durablement et continuer à créer de la valeur, elle ne doit pas négliger l'investissement dans « l'humain », aux côtés du capital matériel et financier. Les dirigeants doivent déterminer, en s'appuyant également sur des données et des connaissances scientifiques, où affecter des ressources limitées pour maximiser la valeur de l'entreprise.
Un investissement approprié dans le capital humain finit toujours par se traduire en valeur d'entreprise. Dans le récit de croissance d'une entreprise, ce sont les collaborateurs qui tiennent le rôle principal, et investir sans compter dans ce rôle principal constitue la meilleure façon de restituer de la valeur aux actionnaires comme aux clients.
Questions fréquentes (FAQ)
Au bout de combien de temps les effets de l'investissement dans le capital humain se font-ils sentir ?
En règle générale, les effets d'un investissement dans la formation commencent à se traduire en gains de productivité au bout de six mois à un an environ. Les effets organisationnels, comme la hausse de l'engagement ou la baisse du taux de départ, se manifestent sur un horizon plus long, d'un à trois ans.
Comment mesurer le retour sur investissement (ROI) de l'investissement dans le capital humain ?
On peut le mesurer en définissant des indicateurs (KPI) tels que l'évolution de la productivité des salariés formés, l'évolution du taux de départ, la variation du score d'engagement ou l'évolution du chiffre d'affaires par salarié, et en assurant un suivi régulier de ces indicateurs.
L'investissement dans le capital humain est-il également efficace pour les petites et moyennes entreprises ?
Il l'est même particulièrement. Dans une PME, où la contribution de chaque personne pèse davantage, la montée en compétences de chaque salarié se répercute plus directement sur les résultats, ce qui tend à rendre l'investissement d'autant plus rentable.
Comment expliquer aux parties prenantes le lien entre investissement dans le capital humain et valeur de l'entreprise ?
Il est efficace de communiquer, données à l'appui, les résultats et les effets de cet investissement, à travers la publication d'informations sur le capital humain (montant investi dans la formation, taux de départ, score d'engagement, etc.). Cette publication devient courante dans les rapports intégrés et les rapports ESG.
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